Attention : infections sanguines attribuées aux probiotiques

  • Par le Dr Liji Thomas, MDNov 13 2019

    Les probiotiques ne sont pas inoffensifs, selon une nouvelle étude publiée le 7 novembre 2019 dans la revue Nature Medicine. En fait, certains patients peuvent être exposés à un risque sérieux par la bactérie contenue dans les probiotiques. Les médecins doivent évaluer les risques des probiotiques chez les patients gravement malades ou immunodéprimés avant de les prescrire, car leurs bénéfices peuvent être nettement inférieurs au danger dans de telles situations.

    Probiotiques

    Les probiotiques sont des micro-organismes vivants utilisés pour améliorer la santé. Ces bactéries et levures se trouvent souvent dans les aliments fermentés, les compléments alimentaires et les produits de beauté. Leur utilisation est basée sur le fait établi que les bactéries bénéfiques dans l’intestin se comptent en milliards de milliards et nous aident à digérer nos aliments, à produire des vitamines et d’autres nutriments essentiels qui favorisent une croissance et un développement sains et à éloigner les organismes pathogènes. En fait, les probiotiques contiennent bon nombre des mêmes microbes présents naturellement dans le corps humain.

    La plupart des probiotiques contiennent un mélange de Lactobacillus et de Bifidobacterium, et des levures comme Saccharomyces boulardii. Environ 4 millions d’adultes américains utilisent des probiotiques dans une période donnée de 30 jours, ce qui les place ensuite en fréquence d’utilisation uniquement aux suppléments de vitamines et de minéraux.

    Bactéries Lactobacilles, illustration 3D. Crédit photo : Kateryna Kon/

    De nombreux patients reçoivent aujourd’hui des probiotiques sous de nombreuses formes pour des raisons nombreuses et variées. Pour certains, il peut s’agir d’un trouble intestinal fonctionnel lié à une microflore intestinale anormale. Pour d’autres, il peut y avoir une maladie débilitante qui pourrait bénéficier du soutien nutritionnel apporté par des bactéries intestinales bénéfiques. Les patients sous antibiotiques peuvent recevoir des probiotiques pour prévenir la diarrhée résistante aux antibiotiques de Clostridium difficile, car ils aident à rétablir certains micro-organismes intestinaux sains. Les bébés prématurés les obtiennent pour aider à prévenir les infections intestinales et sanguines mortelles.

    Jusqu’à présent, il n’y a pas eu beaucoup de preuves que les bactéries trouvées dans le sang chez certains patients qui ont reçu des probiotiques provenaient réellement de ces pilules. La présente étude a été entreprise pour examiner cette possibilité.

    L’étude

    L’étude a examiné des patients en USI (unité de soins intensifs) pour diverses indications qui ont été traités avec des probiotiques, entre autres. La recherche a couvert 5,5 ans, au cours desquels 552 patients ont été traités avec des capsules probiotiques contenant du Lactobacillus rhamnosus. Au total, 22 174 patients ont été traités dans la même unité de soins intensifs pendant cette période, mais les autres n’ont pas reçu de probiotiques.

    Ils ont comparé le risque d’infection sanguine, ou de bactériémie, avec cet organisme, chez ces patients par rapport à celui des patients non probiotiques. Dans la deuxième partie de l’expérience, les chercheurs ont analysé les données génomiques de ces échantillons bactériens et ont tracé leur origine phylogénétique.

    Les résultats

    Les résultats ont montré qu’il y avait 6 patients diagnostiqués avec une infection sanguine due à L. rhamnosus de ce groupe, par rapport à zéro patients du reste des patients n’ont pas reçu de probiotiques. En d’autres termes, le premier groupe présentait un risque nettement plus élevé que le second.

    De nouvelles méthodes de séquençage du génome entier ont ensuite été utilisées pour trouver la source des lactobacilles chez ces 6 patients. Cela a montré que les espèces de lactobacilles isolées chez les patients étaient identiques à celles du probiotique avec lequel elles avaient été traitées. Quelle que soit la petite différence entre les souches bactériennes isolées, il a été constaté qu’elles provenaient du probiotique lui-même.

    Certaines souches bactériennes trouvées dans le sang présentaient des mutations d’origine nouvelle. Chez un patient, l’isolat sanguin était de Lactobacillus rhamnosus et présentait une nouvelle mutation qui rendait la bactérie résistante à l’antibiotique rifampicine.

    Implications

    Des études antérieures ont suggéré la possibilité d’un transfert de gènes de microbes probiotiques à d’autres bactéries de l’intestin, rendant ces dernières résistantes aux antibiotiques. Certaines études montrent également que dans certains cas, les probiotiques peuvent entraîner la production de toxines. Et enfin, un problème réglementaire existe: certains probiotiques contiennent des micro-organismes complètement différents de ceux qui figurent sur l’étiquette.

    Les chercheurs concluent que non seulement les bactéries présentes dans les probiotiques peuvent conduire directement à une bactériémie chez les patients sensibles, mais qu’elles peuvent également subir des mutations pour s’adapter à la présence d’antibiotiques et établir leur taux optimal de croissance et de prolifération chez l’hôte humain.

    Écrit par

    Dr. Liji Thomas

    Le Dr Liji Thomas est un gynécologue obstétricien diplômé du Government Medical College de l’Université de Calicut, Kerala, en 2001. Liji a exercé comme consultante à temps plein en obstétrique/gynécologie dans un hôpital privé pendant quelques années après son diplôme. Elle a conseillé des centaines de patientes confrontées à des problèmes liés à la grossesse et à l’infertilité, et a été responsable de plus de 2 000 accouchements, s’efforçant toujours d’obtenir un accouchement normal plutôt qu’opératoire.

    Citations

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